De l'avis de tous, l'éclairage aux "bois gras" était peu intense et même faible. Au moulin de la Mousquère, seule la zone de la cheminée était éclairée. Autre inconvénient une fumée fine provoquée par la résine se déposait partout. D'autre part les tèdes brûlent en pétillant, avec projections de résine qui tachent tout lorsqu'on s'approche, ce qui est nécessaire pour lire ou pour coudre. Quant à l'odeur les avis sont partagés. Pour les uns elle était âcre, pour les autres au contraire elle était agréable.

Pourquoi n'utilisait-on pas alors le genévrier qui permet une combustion totale sans production de fumée et de résidu charbonneux ? C'est essentiellement parce que les bûchettes de genévrier brûlent avec une excessive rapidité.

Un texte du pasteur Froissard, daté de 1893, publié dans le Bulletin de la Société Ramond, est évocateur d'une veillée à la lueur des tèdes.

"M. de Lugo, mon père et moi, nous étions un soir dans une cabane, près de la belle cascade du Couplan. Une vaste soupe au lait et des pommes de terre cuites sous la cendre avaient composé notre souper. Mon père groupa autour de lui nos compagnons et nos hôtes, les pastous et les pastoures, pour lire - le berger de Salisbury -. Nous étions là en tout, quatorze, tous attentifs et parfois émus. La noble figure du lecteur était éclairée par le flamme des tèdes crépitants, fumeux et odorants, incessamment déposés avec méthode sur le hailhé, le bûcher, par la plus jeune fille de M. le Maire d'Aragnouet, debout contre le mur, sérieuse dans son ministère comme une gracieuse vestale."

La tède a été utilisée dans notre zone montagneuse jusqu'au début du XXème siècle. Certaines familles l'utilisaient encore vers 1905 à Aragnouet et Fabian. A Saint Lary, c'est en 1903, date de mise en service d'une centrale électrique, que les bois gras sont abandonnés. "Le passage de la torche de bois à l'ampoule électrique a été brutal, rapide et sans intermédiaire."

La tède a été jusque là d'un usage presque exclusif dans une région comprenant le Lavedan, Lourdes, Bagnères de Bigorre, la Haute Vallée de l'Adour, les Baronnies, les vallées des Nestes et la Barousse.

Un texte du XVIème siècle nous prouve bien que les gens se sont éclairés avec des bois résineux. "1575 - Et est ce pays (la Gascogne) abondant en pins résineux d'où advient que la chandelle qu'on fait de cette matière est appelée par gausserie à Bordeaux - candele de buchs - de laquelle se servent les pauvres gens par tout ce pays et en Armagnac, Béarn et Bigorre, tellement que leurs maisons en sont toutes noires."

Quel est l'origine de ce luminaire ? Les Romains utilisaient les bois résineux sous forme de bûches et de torches et les introduisirent, s'il n'y étaient pas déjà en usage, dans les régions conquises et occupées. Mais ce qui est remarquable c'est que les hommes préhistoriques utilisaient aussi les bois gras dans leurs habitats à l'entrée des grottes. Par contre dans la profondeur des sanctuaires, au fond des cavernes, ils s'éclairaient avec du genévrier afin d'éviter tout dégagement de fumée. Comme le précise Malvezin-Fabre, ils obtenaient ainsi "une lumière vive, brillante et que rien ne vient obscurcir. Le seul inconvénient est que ce bois brûle vite. L'artiste utilisant un tel luminaire devait être accompagné d'un aide uniquement chargé d'entretenir le brasier éclairant". Nos ancêtres avaient appris à sélectionner les combustibles.

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