Un moulin banal...
 

XIème - XIIème siècles
Sanche le Grand... La féodalité et la banalité...
Les moulins... La seigneurie d'Estensan...

 

Au XIè siècle l'influence de l'Espagne était à son apogée en Gascogne et notamment en vallée d'Aure. Dans une charte de 1022, Sanche le Grand, roi de Navarre est dit "régnant sur la Castille, l'Aragon, toute la Gascogne et le comté de Toulouse". Le dernier duc de Gascogne, Sanche-Guillaume, vivait en prince espagnol, hôte assidu de Sanche le Grand, il combattait à ses côtés contre les Sarrazins.

Légende ou fait historique... Vers 1015, une bataille met aux prises dans la plaine, entre Ancizan et Cadéac, au lieu dit Camp Batailhé, Sanche le Grand, roi de Navarre, appelé par les Aurois, à un contingent de soldats musulmans qui avait franchi la crête des Pyrénées et stationnait en Haute Vallée d’Aure au détriment de la population. Au cours de cet affrontement, les seigneurs locaux, dont Guilhem d’Estensan, Géraud de Sailhan, Arnaud de Bazus et Arnaud de Hachan se distinguèrent par leur courage et participèrent activement à la victoire. Les fuyards furent poursuivis et exterminés à Sarrancolin. Il resterait en souvenir la chapelle d'Esplantats. Sanche le Grand fut blessé mais guérit rapidement grâce aux vertus des eaux de Cadéac. A la suite de cet événement Sanche le Grand prit la suzeraineté du comté d'Aure.

Ce fait d’armes reste plausible puisque l’accès de la vallée d’Aure depuis le Sobrarbe, par les ports du Rioumajou, ne pose aucune difficulté. Une troupe de sarrazins en quête de quelque pillage pouvait à cette époque s’aventurer dans cette région sans rencontrer la moindre résistance. En effet, la « Reconquista » ne repoussa l’envahisseur de la Ribagorza qu’en 1023 et de la totalité du Sobrarbe qu’en 1060.

En 1035 à la mort de Sanche le Grand, l'Aragon devient royaume indépendant sous le règne de son fils Ramiro 1er. Le royaume comprenait outre l'Aragon proprement dit, les comtés de Ribagorza et une partie du Sobrarbe, principalement les vallées situées au nord d’Ainsa.

C’est à cette époque, première moitié du XIème siècle, qu’Auriol-Dat, comte d’Aure, donne à son troisième fils Daton-Auriol, la vallée de la Neste et la vicomté de Labarthe. Les seigneurs de Labarthe restent vassaux de la famille d’Aure. Néanmoins les deux régions auront pendant près de deux siècles des destinées différentes.

La lignée des Sanche : Sanche Abarca, Sanche le Grand, Sanche Auriol, Sanche Garcie... marquera de son empreinte le comté d'Aure durant une période sereine, constructive, sans conflit, tandis que la vicomté de Labarthe sera soumise à des tensions permanentes avec ses ambitieux voisins : Comminges, Bigorre et Armagnac.

C'est au XIème siècle sous l’influence de la Navarre puis de l’Aragon que vont apparaître les premières personnalités marquantes de la haute vallée d’Aure.

 

Jusque là les seigneurs de la vallée d'Aure se contentaient d'habitations modestes, le plus souvent en bois, peu différentes de  celles des paysans.

Les constructions en pierre n'apparaîtront qu'au XIIème siècle avec les premières fortifications, comme les châteaux de Tramezaygues, Estensan et Ousten. Il y avait aussi probablement, comme le nom l'indique, une tour au Tuco de Castéra au-dessus de l'actuel Fabian.

C'est aussi à cette époque que furent bâties les petites églises romanes, typiques de la zone montagneuse : Aragnouet, Ens, Grailhen, Gouaux, Soulan, Vielle Aure, Azet...

Les seigneurs se mettent encore à bâtir des moulins aussi bien adaptés aux sites qu'aux besoins des populations. En quelques décennies leur nombre se multiplie. Cette prolifération n'aura toutefois rien d'anarchique. Le seigneur édifie les moulins qu'il estime utiles sur son domaine et pas plus car c'est lui qui assure la totalité des frais de construction et d'entretien. La récolte est produite sur ses terres par le travail de ses hommes, il est le maître du moulin, il devient donc tout naturel qu'il contrôle aussi la transformation du grain en farine.

 

Pour en tirer un bénéfice maximum, il use de tous les moyens de pression pour obliger les paysans à venir moudre dans son moulin. Il n'est pas question que les blés récoltés sur le fief soient moulus ailleurs. Ce principe de monopole est une pièce capitale de l'organisation féodale. On appelle cette obligation la banalité. La meunerie devenue activité spécialisée de haut rapport marque la prise de pouvoir économique et technique du seigneur. L'aire du moulin devient le point de convergence des déplacements quotidiens du peuple en quête de mouture.

Le seigneur est le maître du ban. Le droit de ban va s'appliquer à tous, "rustres" libres et non libres. On distingue alors la banalité légale : droit de ban imposé autoritairement par le seigneur et la banalité conventionnelle droit de ban faisant l'objet d'un contrat par lequel le seigneur s'engage entre autre, à construire et entretenir un moulin et les "rustres" à y moudre leur grain. Ce contrat s'exerce sur une aire, définie par un cercle d'une lieue de rayon ou une lieue de trajet, à l'intérieur de laquelle les "rustres" sont soumis au droit de ban du seigneur. Il leur était interdit de posséder un moulin à main.  Le moulin est dit banal ou banier.

Isolées de la Gascogne et même des comtés dont elles dépendent les seigneuries vont se multiplier et prospérer. Chaque seigneur va régner en maître sur les quelques lieues carrées de pays qui lui appartiennent. C'est dans ce contexte féodal, que la seigneurie d'Estensan apparaît au cours du XIIème siècle. Son château, dont les ruines seront visibles sur l'actuelle place du village jusqu'au milieu du XIXème siècle, tient dès lors une place prépondérante dans la vallée de la Mousquère et dans la haute vallée d’Aure.

Il n'existe aucune trace de l'existence d'un moulin sur l'emplacement du moulin actuel de Sailhan-Estensan. Mais si l'on tient compte de tous les éléments qui favorisent une implantation, il est possible de croire qu'un moulin banal, "aux murs de chaux, au toit de chaume ou de lauzes", ait été construit dès le XIIème siècle en dessous du château d'Estensan, sur le chemin naturel reliant les villages de Sailhan et d'Estensan. Le cours du torrent permet en ce seul endroit, sur un replat entre deux gorges profondes et inaccessibles, d'édifier un bâtiment. L'eau fournie par la Mousquère qui prend sa source au pic du Lustou y est de plus abondante.