Le statut du meunier
 

Le meunier n'est pas propriétaire du moulin. Il doit payer un loyer. C'est avec "le plus offrant et dernier enchérisseur" que les syndics signent un bail d'affermage précisant les charges et les conditions de fonctionnement du moulin. En réalité les syndics attachaient une grande importance au "profil" du candidat. Il fallait que le meunier soit connu, qu'il soit issu d'une famille honorable, qu'il présente une caution (personne qui financera les gros travaux d'entretien ou la casse que peut faire le meunier au moulin), qu'il ait des références en meunerie. Le meunier était en principe renouvelé chaque année, au premier de l'an. Mais lorsqu'on était content de ses services, on le gardait davantage, 10 ans et plus. Le meunier n'avait pas le droit de percevoir de l'argent pour son travail. Il se payait en nature en prélevant une partie des céréales qu'il devait moudre.

Il prélevait avec les mains. Une pleine poignée de grains s'appelle la pugnère. Le prélèvement avait lieu soit devant la trémie (en grains) soit dans la huche (en mouture). La réputation du "meunier voleur" qui colle à cette profession est due à ce mode de paiement. Du 1/16ème normalement, le prélèvement varie du 1/10ème au 1/20ème. Ce qui permet le vol, c'est la mesure. Il s'agit toujours de mesure de capacité bien sûr, car on ne pourrait tricher avec les poids. L'ingéniosité des meuniers à prélever plus que leur dû est légendaire : boisseau pour mesurer le blé à l'arrivée, autre boisseau plus petit pour rendre la mouture, huches à double fond, trémie à paroi double vers l'arrière. Parmi ces faits il faut admettre une part de légende mais aussi une part de vérité.

 
Le travail du meunier
 

La journée du meunier s'étend "du lever du jour à la tombée de la nuit", tous les jours sauf les dimanches et jours de fêtes religieuses. Toutefois lorsqu'il y avait un retardataire, il était obligé de moudre la nuit. L'éclairage du moulin se faisait avec des éclats de bois sec, le plus souvent résineux, disposés sur des supports fixes : pierres scellées dans le mur ou niches murales.  On se servait aussi de supports mobiles en tôle et fer forgé, en forme de pelles. Un grillage servait parfois de socle pour une meilleure combustion. Ce mode d'éclairage (aussi sous forme de torches) est appelé "tédo" ou "téda" en patois d'où tède en français.

L'essence privilégiée est le pin "et pi". Ces pins sont choisis sur les versants secs et ensoleillés. Par manque de pin on utilise le sapin. La récolte se fait à une altitude allant de 1400 à 2000 m. Elle a lieu en automne car c'est à ce moment là que la quantité de résine accumulée est la plus grande. On n'utilisait pas partout les mêmes parties de l'arbre. Ce pouvait être suivant les régions de fines branches de 70 à 90 cm de longueur, le coeur à 1,50 m environ du pied de l'arbre, des éclats de souches de 20 à 30 cm de long, des troncs qui pourrissaient en forêt.

Le meunier mesure toute la quantité des céréales qui entrent au moulin. Les unités de capacité étaient la mesure ou boisseau (20 litres ou double décalitre), le coupeau (10 litres ou décalitre) et l'aymio (5 litres). Il surveille la mouture, règle la pression des meules, veille à ce que la trémie soit toujours pleine de grains. Ensuite il prend la mouture dans la huche pour la tamiser à l'aide du blutoir. Le moulin de la Mousquère était doté d'un blutoir mécanique actionné par un coursier indépendant de ceux des meules. Il remplit les sacs de fleur de farine, de farine et de son. L'entretien et les petites réparations lui incombaient. L'hiver en période de gel, le moulin était mis en chômage. Le meunier en profitait pour rhabiller les meules.