La chambre des meules Les meules Le tournant Piquage des meules Société Générale Meulière
 
La Ferté-sous-Jouarre
 

Extraction en carrière

Les carriers commençaient par dessiner un cercle et creuser des logements. Les coins en fer n'étaient pas enfoncés directement dans ces logements. L'ouvrier plaçait d'abord une sorte de gaine de bois, et il enfonçait le coin au milieu. On arrosait ensuite le bois pour le faire gonfler et fendre ainsi le bloc de pierre.

Les ouvriers allaient ensuite avec leur pic tailler la pierre puis la détacher du bloc dont elle fait partie.

Noter dans ce croquis le geste large de ces ouvriers qui lancent leur pic ou leur "têtu". Ils portent des pantalons à taille haute, chemises et casquettes. Le "têtu" a une panne très lourde, pointue d'un côté et plate de l'autre. Il sert aussi à "découenner la pannetière" c'est-à-dire à débarrasser la meulière de la couche d'argile qui l'entoure. Les meules monolithiques sont dégagées, arrondies, aplanies dans la carrière avant d'être remontées. Elles sont finies et rechargées à l'atelier. Le travail s'effectue sur la meule placée à l'horizontale.

Selon la configuration du terrain on utilisa plusieurs méthodes pour sortir les meules de la carrière : à bras d'homme, avec des leviers, barres de fer et rouleaux ou avec un cabestan et un treuil. Plus tard on utilisa des rails avec des wagonnets puis enfin des grues et palans. La sortie d'une meule de la carrière était toujours une opération dangereuse à cause de son poids, de sa situation au fond d'un creux rocheux, du matériel rudimentaire que l'on utilisait. Les accidents étaient nombreux, jambes, reins , bras cassés et parfois ouvriers écrasés par une meule.

Atelier d'assemblage des meules

Dans les années 1820-1830 les meules monolithiques seront progressivement remplacées par des meules faites de carreaux assemblés. Les meules monolithiques étaient plus difficiles à trouver que les carreaux et risquaient toujours de se briser pendant le travail ou le transport hors de la carrière. De plus les meules monolithiques pour broyer correctement exigeaient des meulières "éveillées", c'est-à-dire comportant des vides, des parties caverneuses qui empêchaient la meule de "bourrer" c'est-à-dire de se garnir de farine collant à la surface. Au contraire avec les carreaux, on peut choisir une pièce plus tendre pour le centre et des silex très compacts pour les carreaux de son entourage. Il était alors nécessaire de les rectifier et de les rayonner pour remplacer les trous et de les repiquer finement pour rendre la surface mordante. Une fois les carreaux assemblés, la meule était munie par le forgeron de deux cercles qui assuraient sa solidité.

On peut voir sur ce croquis un jeune ouvrier avec casquette, lunettes, chemise renforcée aux épaules au col rabattu serré par un cordonnet, tenant de la main droite un sabot percé d'un trou à la pointe - le sabot au rouge -  et de la main gauche une règle à dresser. La règle enduite de rouge, sera passée sur la meule que l'on veut rectifier. Un ouvrier, accroupi sur la meule, à petits coups de son pic, piochera la meule pour faire disparaître les bosses marquées par le rouge.

Derrière lui on aperçoit un baquet en bois contenant de l'eau à côté d'une sibille dans laquelle sera gâché le plâtre qui servira à recouvrir l'envers de la meule.

Plus loin, un ouvrier agenouillé est en train d'ajuster sur une meule verticale à demi construite, un carreau déjà en place. Il trace avec un compas fixé au centre, la partie de pierre à enlever.

Après avoir dressé ou habillé les surfaces des meules, un ouvrier donne un coup de brosse en chien dent pour évacuer la poussière de silex dans le courant d'air où il travaille. En quelques années ses poumons seront rongés par la silicose. A cette époque son espérance de vie est d'une trentaine d'années.

Un ouvrier, debout devant une meule déjà cerclée, posée à plat, semble mesurer un carreau, peut être la pièce manquante de la grande meule inachevée, verticale, derrière lui. L'oeillard de cette meule porte encore le croisillon qui sert à déterminer le centre.

 

Dans un autre coin de l'atelier, un ouvrier travaille, penché en avant, en appuyant ses coudes sur ses cuisses pour frapper avec plus de précision en suivant une ligne de coupe. Il taille des morceaux pour les meules faites de pièces rapportées (meules de rapport). Il utilise une pioche. Tout autour de lui on remarque une règle frottée de rouge pour voir les élévations et les faire disparaître, des équerres de toutes ouvertures, des ciseaux, une brosse en chien dent, un compas et une équerre mobile.

Tous les ouvriers qui travaillent aux meules ont des lunettes pour les garantir des éclats. Deux ouvriers tenant à la main une mailloche finissent de rhabiller une meule.

Il ne leur restera plus qu'à "charger" au plâtre l'envers, resté jusqu'ici brut et inégal, probablement pour économiser le travail et mieux accrocher le plâtre de finition.

Les carriers se sont révoltés à plusieurs reprises contre leurs conditions de travail, leurs salaires de misère, les accidents, la poussière qu'ils respiraient, chargée de silice.

Au départ, l'extraction des meules était une activité de travailleurs indépendants qui louaient une concession à un propriétaire. Ils allaient eux-mêmes sonder sur place le terrain pour découvrir les pierres meulières dans leur gangue.

 S'ils découvraient un banc, ils creusaient, dégageaient les meulières, les taillaient et les vendaient directement à un acheteur, revendeur ou meunier. Puis ces indépendants se sont associés à deux ou trois, créant une petite société. Ces sociétés se sont associées à leur tour entre elles. Ces fusions ont abouti en 1881 à la création d'une entreprise unique, la Société Générale Meulière qui va réunir neuf fabricants et dominer le marché.

 

Croquis extraits de la revue "Moulins de France" n°45 de Janvier 2001.
Cette revue est publiée par la "Fédération Française des Amis des Moulins".
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